
Une jeunesse inquiète, une alternance sous tension
Les images tournent en boucle depuis quelques jours : lycéens et étudiants dans la rue, blocus, manifestations... Au-delà des slogans et des revendications immédiates, ce que crie cette jeunesse, c'est une angoisse profonde face à un avenir qu'elle perçoit comme bouché. Entre instabilité économique et inquiétudes sociétales, la charge est déjà lourde. Et les récents coups de rabot budgétaires sur l'alternance (baisse drastique des aides à l'embauche, réduction des exonérations de cotisations sociales) envoient le pire signal possible au pire des moments.
À date, les chiffres officiels et consolidés par la DARES ou le ministère du Travail pour l'ensemble de la rentrée 2026 ne sont pas encore intégralement publiés. Cependant, les premières remontées du terrain (réseaux de CFA, fédérations patronales, écoles d'ingénieurs et de commerce) confirment très clairement la tendance au recul amorcée par le durcissement budgétaire :
- Une forte baisse sur le supérieur : Les niveaux Bac+3 à Bac+5 accusent le coup le plus rude, les entreprises ayant perdu la quasi-totalité de l'aide à l'embauche pour ces profils.
- Un gel dans les grandes entreprises : Les structures de plus de 250 salariés, pour qui les aides ont été drastiquement réduites, ont gelé ou fortement diminué leurs volumes de recrutement par rapport à 2024 et 2025.
- Une résistance fragile des niveaux infra-Bac / Bac+2 : L'artisanat et les TPE/PME tentent de maintenir leurs recrutements car l'aide (bien que réduite à 4 500 €/5 000 €) reste un levier, mais la baisse des exonérations de charges pèse tout de même sur leurs décisions.

L'alternance : bien plus qu'un simple arbitrage financier
Oui, le cadre financier de l'alternance a été significativement resserré, avec une volonté de réaliser des économies budgétaires d'environ 200 millions d'euros. Les changements impactent à la fois les aides accordées aux entreprises et les avantages destinés aux apprentis.
Oui, recruter un apprenti coûte mécaniquement plus cher aujourd'hui qu'il y a trois ans, et l'effet d'aubaine est bel et bien terminé. Mais baisser les bras maintenant serait une erreur stratégique majeure pour nos entreprises, et un désastre pour notre cohésion sociale.
Les budgets sont en cours de finalisation dans les entreprises, les campagnes de recrutement démarreront dès février / mars 2027 pour la rentrée de septembre, nous devons prendre ce sujet dès maintenant.
Pour une entreprise, recruter en alternance n’est pas seulement un choix RH : c’est un acte d’engagement envers la société tout entière.
Favoriser l'emploi durable
L'alternance est le dispositif d'insertion le plus puissant jamais créé pour rapprocher le monde académique de la réalité de l'entreprise. C'est le meilleur, et parfois le seul, rempart contre le chômage des jeunes. Fermer la porte de nos organisations aujourd'hui, c'est briser net un ascenseur social qui a fait ses preuves. C'est précariser une génération qui a déjà le sentiment d'être sacrifiée, en la privant d'un premier réseau, d'une expérience valorisante et de la confiance indispensable pour se projeter dans la vie active.
Pour mémoire, 73 % des anciens apprentis sont en emploi deux ans après leur formation, contre 59 % pour la voie scolaire.
Sauvegarder notre écosystème éducatif et territorial
Si les entreprises se désengagent pour des raisons purement comptables, c'est tout un pan de notre système de formation qui s'effondre. Des centaines de CFA, d'écoles d'ingénieurs, de commerce ou de centres d'apprentissage pour les métiers de l'artisanat voient déjà leur modèle économique directement menacé. Sans entreprises d’accueil, des milliers de formations risquent de fermer : près de 6 CFA sur 10 envisagent déjà de supprimer des filières, privant des territoires entiers de compétences cruciales.
Les PME locales, qui dépendent de ces viviers de proximité, en seront les premières victimes. Nous avons une véritable responsabilité collective pour maintenir ces structures à flot.

Investir pour les compétences de demain
Il faut définitivement dépasser l'approche financière à court terme. Un alternant n'est pas une ligne d'optimisation fiscale ni une ressource à bas coût, c'est un investissement stratégique sur l'avenir. Dans un marché où la guerre des talents fait rage, l'alternance reste l'outil de pré-recrutement par excellence.
C'est l'opportunité d'acculturer un jeune à vos valeurs, à vos outils, à votre vision. De plus, ces jeunes infusent nos organisations de nouvelles pratiques, qu'il s'agisse de nouveaux usages numériques, d'intelligence artificielle ou de transition écologique. Celui qui renonce à former ses alternants aujourd'hui pleurera ses difficultés de recrutement et son manque d'agilité demain.
Nous sommes dans un marché où la guerre des talents fait toujours rage : près d’un recrutement sur deux est jugé difficile et 84 % des recruteurs pointent l’inadéquation des profils. L’alternance reste l’outil de pré-recrutement par excellence : c’est l’opportunité de former un jeune à vos métiers, de l’acculturer…
Si, en tant que dirigeants et DRH, nous voulons bâtir des écosystèmes de talents résilients et performants, nous ne pouvons pas ignorer la jeunesse. Elle incarne l'énergie, l'innovation et la relève indispensable à notre compétitivité.
Elle manifeste son inquiétude ; prouvons-lui, par des actes concrets, que l'entreprise reste un lieu de transmission, d'intégration et d'avenir. Malgré les contraintes budgétaires, maintenons le cap de nos recrutements.
C'est à nous, acteurs économiques de terrain, de prendre le relais pour faire du travail une chance pour ces jeunes qui vont venir frapper aux portes des entreprises dans quelques mois.
