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Et si le salariat n'était qu'une parenthèse de 200 ans ?

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Le salariat est-il en train de vivre sa plus grande révolution ? Face à l'essor spectaculaire du travail indépendant et à la fuite des talents hors du modèle traditionnel, la question divise. Aujourd’hui, Jean-Jacques Durizy, Directeur Général Opérationnel Actual Talent, pose un regard historique pour décrypter les mutations profondes du travail et redéfinir les contours de l'entreprise étendue.


Une croissance record et une réalité polarisée

Le travail indépendant représente aujourd'hui 13 % de l'emploi total en France, tiré par un record de 3,18 millions de micro-entrepreneurs actifs recensés mi-2025 par l'Urssaf.

Même si cette croissance massive masque une réalité économique duale entre l'indépendance subie et précaire des travailleurs "ubérisés" des plateformes (600 000 soit 9,4 % de ces micro entrepreneurs) et l'indépendance choisie par les freelance et Managers de Transition par exemple. Ce dernier segment est constitué de profils plutôt fortement diplomés (77 % possèdent au moins un niveau BAC+3 et 54 % un niveau Master), avec une adhésion au modèle forte (84% ne souhaite pas retourner au salariat).

Face à la fuite de ces talents hors des entreprises traditionnelles, beaucoup s'inquiètent. Pourtant, il suffit de prendre un peu de recul historique pour comprendre que ce n'est pas une anomalie.


L'illusion de la norme salariale

On a fini par se convaincre que le salariat est l'état naturel du travailleur. C'est une illusion. Si l'on observe notre histoire, de l'homme de Tautavel jusqu'à la veille de la révolution industrielle, le salariat n'existait tout simplement pas.

Pendant des millénaires, l'humanité n'a connu que des indépendants : des agriculteurs autonomes, des artisans regroupés au sein de guildes ou de corporations (les véritables ancêtres de nos collectifs actuels peut-être ?). L'indépendance n'était pas un statut audacieux, c'était la norme absolue.

Ce n'est qu'avec la révolution industrielle et l'émergence de la production de masse qu'apparaît la standardisation du travail. Le salariat s'est alors imposé comme une organisation structurée, substituant à la liberté de l'artisan indépendant un cadre contractuel normé (et donc des contraintes : lieu de travail, horaires, subordination, ...) assorti d'une rémunération régulière et d'une protection sociale.


La quête d'émancipation et d'autonomie

Aujourd'hui, l'histoire semble reprendre simplement ses droits. Si les talents fuient de plus en plus le CDI, ce n'est pas seulement pour une question de flexibilité géographique ou d’équilibre vie professionnelle / vie privée : c'est le symptôme d'une profonde quête de sens. Face à la bureaucratisation des grandes structures et aux rigidités de la gestion centralisée mises en lumière par l'économiste Friedrich Hayek, certains collaborateurs éprouvent le besoin de s'émanciper.

Ils quittent l'entreprise pour retrouver la maîtrise de leur temps, de leur lieu de travail, revendiquer leur liberté d'entreprendre, s'affranchir d'une hiérarchie quelquefois pesante et choisir leurs clients / leurs missions en fonction de leurs propres valeurs ou envies. L'indépendance devient l'acte ultime de réappropriation de leur autonomie individuelle et de leur responsabilité sociale.


De l'entreprise traditionnelle à l'écosystème hybride

Bien sûr, le salariat n'est pas mort (le titre de cet article est volontairement provocateur), mais il ne se suffit plus à lui-même face à la pénurie structurelle de talents et à la croissance exponentielle du nombre d’indépendants. C’est l'entreprise forteresse du XXe siècle qui est en train de mourir, laissant place à l'entreprise étendue, organisée en Hub-and-Spoke (un noyau stratégique entouré d'une périphérie de partenaires).

Certes, de nombreuses organisations recourent déjà à des talents externes, mais elles se contentent bien souvent de les utiliser comme de simples commodités sans véritablement les intégrer ni les piloter, alors même que ces experts occupent une place toujours plus stratégique dans leur création de valeur.

L’enjeu vital pour l'entreprise est désormais non seulement de composer avec ces autres formes de travail mais aussi de les intégrer à sa gestion des talents. Fini le travail temporaire géré par les achats, le Management de transition et les freelance par les Directions Opérationnelles ou Générales, le recrutement CDI par la DRH, mais aussi les alternants et les stagiaires par les différents services.

L'entreprise elle-même doit se transformer, ou s'appuyer sur l'accompagnement d'un partenaire externe doté d'une vision neutre et synoptique, pour gérer cet écosystème hybride.

De la gestion interne à l'architecture globale des talents


L'organisation se doit d’intégrer désormais pleinement les compétences externes sur un marché ouvert. Que l'expertise soit incarnée par un collaborateur en CDI, un freelance, un intérimaire, un stagiaire ou un Manager de Transition, l'entreprise doit animer le sourcing et un vivier élargi où la marque employeur s'adresse autant aux salariés qu'aux partenaires externes.

Le management d'équipes hybrides


Elle doit aligner et faire collaborer des salariés et des experts autonomes ultra-qualifiés autour d'un même projet. Cela exige de promouvoir une culture du résultat, de la vision et de l'inspiration, bien loin de l'ancien système pyramidal.

L'agilité absolue


L'entreprise doit se donner les moyens d'intégrer et de rendre opérationnel un expert indépendant en 48 heures (vs plusieurs semaines pour un recrutement CDI ou CDD) pour répondre à un besoin critique, orchestrant ainsi un réseau fluide de contributeurs autonomes.

La valeur d'un individu, en entreprise, ne doit pas (plus) se mesurer à sa place dans un organigramme, à son statut, mais bien à la puissance de son portefeuille de compétences et à sa réputation.